D’un coup de baguette magique, ce magicien aux longs cheveux blancs apparaît devant moi.
Son charisme n’a d’égal que la représentation projetée à mon insu. Je repense à ce petit rêveur, dont l’immense vulnérabilité peut atteindre les fondations profondes du plus grand connaisseur du monde.
Une curiosité sans nom habitait ce jeune aux cheveux d’or. De mon brun éclatant, ce Petit Prince n’en était pas moins un reflet, l’image d’un monde parallèle où les couleurs s’amusaient à se dévêtir des détails d’un monde pour jouer et s’exalter naturellement dans cette fissure attachée à mon âme.
Parfois, je range cette petite fissure et je reste à respirer ce monde, celui dans lequel je crois être. Les racines profondes prolongeant ce corps me servant de véhicule me le rappelle d’ailleurs. Cet ancrage où les âges bien ancrés se suivent. Cette dimension où le temps, bien qu’illusoire ailleurs, découle sans cesse dans sa permanence, sa régularité sans faille. Pourtant, il me semble parfois faire des esquisses intenses d’instant, quant à d’autre il paraît l’accélérer. Ces âges bien ancrés peuvent apporter leur « encre » à la plume de ma création.
Cette création qui m’apporte les beautés, les joies, les tristesses, les sens d’un monde qui porte les couleurs de ces encres. Elles viennent se fondre au spectre magique de mes émotions. C’est un jeu rigolo, il est si frais, si exaltant, il rend vivant. Je parle bien vite, je ne retiens ici que de beaux aspects. Ce même jeu est parfois, souvent même, je ne sais plus d’ailleurs. Il porte aussi des sombres extraits. Il lui arrive d’empêcher à ma plume d’apporter sa teinte tellement l’intensité de mes émotions lui font barrage. Il arrive parfois où le spectre et la plume coopèrent. La magie est partout. Le temps, lui, imperturbable, me semble-t-il, suit sa cadence permanente.
Je tourne mes regards sur mes horizons.
Je regarde cet être dans la glace, je crois y voir certains cheveux blancs. Je peux sentir un sourire parfois venir sur ses joues, ou encore des larmes.
Ce grand sage aux longs cheveux blancs, ce magicien, je le perçois, je le vois. Il peut apparaître puis se refondre ailleurs.
Où suis-je ? Qui suis-je ? Quel est mon ancrage actuel ?
Ce que je sais, le blanc est la somme de toutes les couleurs du monde. J’aime à penser que ce blanc en est un beau reflet. Sentir qu’avec ces ancrages il est possible d’avoir les cheveux arc-en-ciel, c’est d’une jouissance incommensurable.
Ce poivre et sel qui forme le costume de ces couleurs. Quand blancs et noirs cachent les couleurs du monde, ce serait une abomination de ne pas fermer les yeux pour mieux le voir.
Manuel Rianço